Échange Évreux–Darmstadt du 14 au 22 mai 2026 Des « passeurs de mémoire » sur les traces des artistes dans la Seconde Guerre mondiale
Échange Évreux–Darmstadt : des « passeurs de mémoire » sur les traces des artistes dans la Seconde Guerre mondiale
Du 14 au 22 mai 2026, les élèves du lycée Léopold Sédar Senghor ont pris la route de l’Allemagne, de la République tchèque dans le cadre de l’échange franco-allemand mené avec la Justus-Liebig-Schule de Darmstadt. Cet échange, soutenu par le programme Erasmus+, s’inscrit dans le projet « Passeurs de mémoire » porté au lycée Senghor par Mme Peckre et Mme Laveille, en partenariat avec les Geschichtensammler de la Justus-Liebig-Schule et leur enseignante Julie Mathieu.
Après avoir accueilli leurs correspondants allemands à Évreux au mois de mars, c’était cette fois au tour des élèves français de partir outre-Rhin. Si l’excitation du départ était bien présente dans le bus le 14 mai, quelques appréhensions se faisaient aussi sentir : vivre plusieurs jours dans une famille allemande représentait pour beaucoup une première expérience, riche de découvertes… et de défis linguistiques !
Une immersion franco-allemande autour de l’art et de la mémoire
Le thème de cette année, « Art et artistes pendant la Seconde Guerre mondiale », a guidé l’ensemble du séjour. Dès le 15 mai, les élèves ont été accueillis autour d’un généreux petit-déjeuner « à l’allemande » au lycée Lio de Darmstadt, avant de participer à des activités brise-glace préparant la visite du Hessisches Landesmuseum de Darmstadt.
Les groupes ont pu bénéficier d’une visite guidée bilingue consacrée à l’« art dégénéré », notion centrale de la politique culturelle nazie. Les élèves ont ensuite pris part à un atelier créatif original : choisir une œuvre du musée et la transformer à la manière de l’art qualifié de « dégénéré » par le régime nazi. Une manière concrète et sensible de réfléchir à la question de la censure artistique et de la liberté de création.
Après un temps libre dans les rues de Darmstadt, la journée s’est achevée au cinéma avec la projection du film Le Dernier Métro de François Truffaut, en français sous-titré en allemand. Ce film a permis aux élèves de découvrir la vie d’un théâtre sous l’Occupation et les multiples formes de résistance artistique et la persécution des artistes juifs.
Nuremberg : l’architecture au service de la propagande
Le lendemain, direction Nuremberg, où les élèves ont découvert le Reichsparteitagsgelände, ancien site des rassemblements du parti nazi. Cette visite guidée a permis de comprendre comment l’architecture monumentale fut pensée comme un outil de propagande au service du régime hitlérien. Les élèves ont ainsi pu observer plusieurs constructions voulues par Adolf Hitler, dont certaines restèrent inachevées en raison de la guerre et de leur coût colossal.
Après une nuit en auberge de jeunesse à Nuremberg, le groupe a poursuivi son voyage vers Prague.
Prague et le quartier juif : sur les traces d’une mémoire disparue
Une première découverte de Prague a permis aux élèves d’admirer notamment l’horloge astronomique et le célèbre Pont Charles. Le lendemain, la visite du quartier juif et de plusieurs synagogues a constitué un moment particulièrement fort. Les élèves ont notamment découvert les dessins d’enfants réalisés à Theresienstadt, prélude à la visite du ghetto prévue le lendemain.
Terezín/ Theresienstadt : du numéro au nom
L’arrivée à Terezín/Theresienstadt fut incontestablement l’un des moments les plus marquants du séjour. Pendant près de quatre heures, les élèves ont parcouru le ghetto, visité différents espaces muséographiques et découvert la vie culturelle qui s’y développa malgré les persécutions.
Après cette longue visite, les élèves ont participé à un atelier intitulé « Du numéro au nom ». À partir de listes de convois, chaque groupe devait retrouver l’identité d’un déporté et réaliser une production artistique autour de son parcours.
Le lendemain, les restitutions ont témoigné de l’investissement remarquable des élèves. Les correspondants allemands ont présenté deux pièces de théâtre accompagnées de musique jouée au piano, tandis que les élèves français ont conçu des affiches artistiques retraçant la vie des déportés étudiés, présentées en français ou en anglais. Les bénévoles de Terezín ont d’ailleurs souligné le sérieux, l’enthousiasme et la qualité de l’implication des élèves dans ce travail mémoriel.
À 11 heures, le groupe a rencontré M. Franck Fristensky, témoin de la deuxième génération. Né en République tchèque puis expatrié aux États-Unis avant de revenir vivre dans son pays natal, il a découvert tardivement l’histoire de sa mère, déportée à Terezín. Son témoignage a profondément marqué les élèves en montrant combien les silences de l’histoire peuvent peser sur les générations suivantes. À travers les recherches qu’il a menées sur sa famille, il a aussi évoqué la richesse de trajectoires familiales marquées par les migrations, les métissages culturels et le poids durable de l’histoire européenne du XXe siècle.
L’après-midi s’est poursuivi par la visite du fort de Terezín, pendant près de deux heures, avant un dernier moment plus léger à Prague : une croisière-repas sur la Vltava, permettant d’admirer une ultime fois les magnifiques façades de cette ville relativement épargnée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale.
Une dernière soirée festive à Darmstadt
Le retour vers Darmstadt fut long mais joyeux. Certains élèves ont profité de leur dernière soirée avec leurs familles d’accueil pour se rendre au célèbre Schlossgrabenfest, grand festival musical de la ville. Fatigués mais heureux, beaucoup ont savouré jusqu’au bout cette expérience franco-allemande intense et riche en émotions. Le trajet retour du 22 mai fut ainsi particulièrement calme : les élèves récupéraient de nuits parfois un peu courtes !
L’art comme résistance, survie et transmission
Le bilan de cet échange apparaît extrêmement positif. Tout au long de l’année, les élèves ont exploré les multiples dimensions de l’art pendant la Seconde Guerre mondiale : l’art comme forme de résistance, comme outil de propagande, comme moyen de survie dans les camps, mais aussi comme vecteur essentiel de transmission de la mémoire.
En France, les élèves avaient déjà travaillé sur ces questions à travers les ateliers du Mémorial de la Shoah ou encore la réalisation de bandes dessinées mémorielles. Trois élèves du lycée ont d’ailleurs été récompensés cette année en devenant lauréats du concours Bulles de mémoire.
Le voyage en Allemagne et en République tchèque a permis d’approfondir cette réflexion autour de l’« art dégénéré » et de la création artistique à Terezín. Surtout, les élèves ont eux-mêmes montré que l’art demeure aujourd’hui encore un puissant moyen de faire vivre la mémoire : pièces de théâtre, musique, affiches illustrées et productions créatives ont permis de redonner un visage, une histoire et une voix à ceux que les persécutions avaient voulu faire disparaître.
L’année prochaine, le thème de l’échange Passeurs de mémoire- Geschichtensammler sera le génocide des Sintis et Roms pendant la Seconde Guerre mondiale (le Porajmos ) et devrait emmener les élèves sur des sites d’internement des Tsiganes en France ainsi qu’à Darmstadt, Berlin et Auschwitz.
















