Une bulle poétique hors du temps avec Andréa Thominot
Une bulle poétique hors du temps
avec Andréa Thominot
Article écrit par Jeanne, Liza, Margot, Sarah, Rafaël
Ce mardi 13 janvier, nous, élèves de seconde 1, avons eu l’honneur de recevoir Andréa Thominot, un poète contemporain, au Lycée Senghor. Cette rencontre a pu être possible grâce au dispositif « Les poètes n’hibernent pas ».
Pendant une heure et demie, dans la Salle Nocturnes (son nom est d’ailleurs inspiré du titre d’un recueil poétique de Léopold Sédar Senghor), nous avons commencé par une mise en voix « surprise » d’une de ses propres œuvres. Nous avons poursuivi par un échange de façon conviviale, assis autour de Mr Thominot, en lui posant des questions sur sa vision de la poésie, ses inspirations, son parcours.
Pour conclure cette rencontre, Andréa Thominot nous a offert la lecture de deux poèmes récents, dont un inédit.
Cette rencontre a été riche en « surprises poétiques », a déclenché des « éMOTions par milliers ». Nous avons eu la chance de rencontrer un « poète sans filtres », qui nous a ouvert les « coulisses de la poésie moderne ». Vous en saurez davantage en lisant la suite !
Surprises poétiques
Notre rencontre avec Andréa Thominot a débuté par une mise en voix collective d’extraits de son livre On a peur mais ça va. Cette lecture était organisée en plusieurs parties : chacun avait un vers, d’autres étaient récités en chœur. Nous avons surpris le poète par l’entrée d’un élève qui venait d’une des portes de derrière, en disant à voix forte « on a peur » et ensuite une partie de la classe répondait en écho « mais ça va », en venant de l’autre entrée située dans le dos du poète. Celui-ci était touché et étonné par le fait d’avoir entendu son texte emmené par un souffle et une chorégraphie dynamiques.
À la fin de cette mise en voix, certains élèves ont lu leur propre poème écrit à la manière d’Andréa Thominot, il était enchanté par ces petites annonces poétiques inspirées de celles écrites dans l’autre livre lu, J’habite désormais juste en-dessous du ciel. Par exemple, voici un vers d’un élève qui mettait en vente une vulgaire paire de baskets, qui pourtant « connaissent tous les continents, les pays et toutes les villes ».
Des éMOTions par milliers
Au cours de la rencontre, différentes émotions ont été provoquées, notamment grâce à la façon de lire une poésie et d’utiliser les mots.
Lorsque nous avons lu à haute voix des extraits du poème « On a peur mais ça va », nous l’avons mis en scène d’une façon particulière : on faisait des mouvements, on disait des vers en chœur ou tout seul, on tournait autour du poète. On l’a interprété de manière expressive et dynamique. Cependant, lui, a lu une autre partie de ce recueil d’une voix monotone, calme, ce qui nous a fait ressentir une intimité profonde. De plus, lors de cet échange, un lien de proximité s’est tissé entre nous, les élèves de seconde 1, et le poète. Quand il s’exprimait, il utilisait des mots simples, proches de notre langage, ce qui nous a permis de mieux le comprendre et de nous sentir proches de lui. À la fin de la rencontre, il nous a lu un poème inédit tiré de l’anthologie Poèmes à l’usage d’un monde en flammes, qui parlait de l’avenir de la Terre de manière percutante.
Les coulisses de la poésie moderne
Découvrir Andréa Thominot nous a permis de jeter un premier coup d’œil sur la poésie moderne. Cette manière d’écrire, en vers libres, nous a tout d’abord beaucoup surpris. Le contraste entre les métaphores fantastiques et le langage familier, la structure parfois inhabituelle des phrases nous a projetés dans un univers magique, et singulier.
Cependant, l’image que le poète nous a renvoyée contrastait avec cet univers. Bien qu’il exprimât le désir de ne pas suivre les autres, de chercher sa propre voie, il ne cherchait pas à être excentrique mais plutôt à donner une image d’homme « banal ». Il nous a également parlé de son parcours, nous permettant de découvrir des faces différentes du métier de poète. En effet, au XXIe siècle, le statut du poète n’est plus dans notre société le même qu’autrefois. Tout comme de nombreux artistes, Andréa Thominot ne peut pas vivre entièrement de la poésie et doit exercer d’autres métiers pour compléter ses revenus. De plus, il nous a partagé son expérience d’écrivain, en nous conseillant pour écrire de ne pas chercher la perfection mais plutôt ce qui nous permet d’exprimer nos émotions de la façon la plus juste possible.
Un poète sans filtres
Andréa Thominot développe sa pensée en toute authenticité dans ses poèmes : les limites n’existent pas.
Nous avons premièrement remarqué qu’il utilise un nouveau type d’écriture : les vers libres. Il s’agit de jouer sur les rythmes, la disposition des vers sur la page, pour s’émanciper des formes fixes léguées par la tradition.
En outre, il ne s’interdit pas les mots familiers comme « trucs » et « bouffer », ce qui permet de toucher un large public dans lequel nous nous incluons, nous les jeunes.
Cependant, sa poésie a l’effet d’un philtre, le réel banal, quotidien, prosaïque, est transfiguré.
Le poète en effet mélange son vécu avec son imagination, faisant par exemple du souvenir d’un grand 8 dans une fête foraine la métaphore d’un monde angoissant déclenchant l’obsession du pire : « En entrant dans un grand 8, j’aimerais espérer qu’une vis soit mal fixée pour que tout s’effondre - et avoir tort. » Penser le pire permet de l’exorciser. Refuser le masque joyeux, accepter de dire ses peurs, créent un effet de communion : « Autorise-toi à pleurer, à partager ta peine avec les autres ».

